Les jeunes face au risque alcool
Chez les jeunes, comme chez les adultes, l’alcool est la substance psychoactive la plusconsommée en France. Les jeunes ont cependant des modes de consommation spécifiques,
qui présentent un point commun avec ceux des adultes : un important clivage selon le sexe.
A/ Comportements des jeunes face aux boissons alcoolisées
1. ExpérimentationSelon l’enquête ESPAD 2003, l’expérimentation d’alcool est déjà très élevée chez les préadolescents : en effet, à l’âge de 12 ans, 70% des garçons et 63% des filles ont déjà consommé de l’alcool au cours de leur vie. L’expérimentation progresse ensuite lentement jusqu’à 16 ans et se stabilise autour de 90% pour les 2 sexes.
2. Consommation récenteD’après le Baromètre santé 2005, la prévalence de la consommation d’alcool dans l’année écoulée augmente avec l’âge et se stabilise après l’adolescence : 60,5% des garçons et 53,4% des filles de 12 à 14 ans ont consommé de l’alcool au cours des 12 derniers mois. Chez les 15-19 ans, comme chez les 20-25 ans, environ 8 garçons sur 10 et 3 filles sur 4 sont concernés.
3. Fréquence de consommationRare avant 14 ans, la consommation régulière d’alcool (à partir de 10 fois par mois) augmente ensuite avec l’âge : à 14 ans, elle concerne 4% des garçons et 1% des filles. A 17 et 18 ans, un peu plus d’un garçon sur 5 consomme régulièrement de l’alcool, contre environ 7% des filles. Dans cette tranche d’âge, le clivage garçons/filles s’accentue lorsque la fréquence de consommation augmente [ESPAD 2003, ESCAPAD 2003].
La consommation quotidienne est très rare chez les jeunes, sauf chez les hommes de 20 à 25 ans où elle concerne environ une personne sur 20. La proportion de consommateurs hebdomadaires augmente régulièrement avec l’âge : entre les tranches d’âge 12-14 ans et 20-25 ans, elle passe de 4,8% à 43,7% chez les garçons et de 3,0% à 20,3% chez les filles.
Chez les 12-25 ans, les quantités bues augmentent également avec l’âge [Baromètre santé 2005].
4. IvresseChez les 12-25 ans, l’ivresse au cours des 12 derniers mois augmente fortement avec l’âge, tandis que le clivage garçons/filles s’inverse et se creuse. Entre 12 et 14 ans, 2,4% des garçons et 3,3% des filles déclarent avoir été ivres dans l’année écoulée. Ces proportions passent respectivement à 32,4% des garçons et 19,0% des filles chez les 15-19 ans. Si entre 20 et 25 ans, la prévalence de l’ivresse chez les filles est similaire (20,1%), chez les garçons, en revanche, elle est encore augmentée et concerne 48,3% d’entre eux [Baromètre santé 2005].
L’ivresse régulière (au moins 10 fois dans l’année), quasi-nulle jusqu’à 15 ans, est ensuite très largement masculine : elle concerne 5,1% des garçons et 1,3% des filles de 16 à 17 ans. [ESPAD 2003]. Chez les 17-18 ans, ce sont 11,0% des garçons et 2,9% des filles qui sont concernés [ESCAPAD 2003].
5. Modes de consommationSelon le Baromètre santé 2000, près du tiers (31,3%) des 12-25 ans consomment de l’alcool le samedi. Ce sont les 20-25 ans (44,4% d’entre eux : 55,1% chez les hommes et 33,3% chez les femmes) qui sont les plus concernés par cette consommation du samedi. D’après le Baromètre santé 2005, le samedi est le jour où les quantités consommées sont les plus importantes : 3,7 verres en moyenne pour les 15-19 ans, 4,5 pour les 20-25 ans.
6. Nature des boissons consomméesLes jeunes se distinguent également des adultes par la nature des boissons alcoolisées qu’ils consomment : alors que le vin est la boisson la plus consommée dans la population française, il l’est peu parmi les 12-25 ans. A l’inverse, la bière et les alcools forts sont plus consommés par les jeunes, les consommateurs étant plus nombreux chez les garçons que chez les filles [Baromètres santé 2000 et 2005].
Quant aux « premix », selon une enquête menée en 2005 par la Mutuelle des Etudiants (LMDE) auprès de ses adhérents (17 à 28 ans), seulement 34 à 40% des étudiants qui consomment de l’alcool au moins 2 fois par mois ne consomment jamais de « premix ». Plutôt occasionnelle, la consommation de ces produits touche des populations habituellement moins consommatrices d’alcool : les femmes et les plus jeunes.
7. EvolutionsLes résultats des différentes enquêtes ne sont pas parfaitement concordants en ce qui concerne l’évolution des consommations d’alcool chez les jeunes. Selon ESPAD, entre 1999 et 2003, la prévalence de consommation et la consommation régulière sont restées stables. D’après ESCAPAD, de 2000 à 2003, l’usage d’alcool chez les 17-18 ans au cours du dernier mois a augmenté uniquement chez les garçons. L’usage régulier d’alcool apparaît en hausse pour les 2 sexes, tandis le niveau des ivresses est resté stable.
B/ Attitudes et représentations des jeunes à l’égard de l’alcool
1. Représentations de l’alcoolPour les étudiants, l’alcool est avant tout associé à la fête (citée par 75% d’entre eux) et à la convivialité (58%). Viennent ensuite la détente (34%) et le plaisir (37%). Les connotations négatives liées à l’alcool arrivent loin derrière : l’excès (23%), la dépendance (18%) et enfin la déprime (11%). Les étudiants les plus jeunes sont plus nombreux à associer l’alcool à la fête, tandis que le plaisir est de plus en plus cité quand l’âge augmente [enquête LMDE 2005].
2. Motifs de consommation d’alcoolSelon une enquête menée en 2005 par l’Usem1 auprès de ses adhérents, si la grande majorité des étudiants consommateurs d’alcool (9 sur 10 environ) boivent « pour faire la fête », 5% le font en réponse à un mal-être. La situation est particulièrement préoccupante parmi les étudiants qui jugent leur consommation excessive : un tiers d’entre eux boit en réponse à un mal être, et près de 15 % déclarent qu'il s'agit d'une dépendance à l'alcool.
3. Opinions face au risque alcoolSelon une enquête menée par l’Ireb2 en 2001, entre 13 et 20 ans, environ 8 jeunes sur 10 reconnaissent que toutes les boissons alcoolisées sont dangereuses. En revanche, si les non-consommateurs sont peu nombreux (1 sur 5 environ) à penser que « boire uniquement quelques verres d’alcool le week-end, ce n’est pas dangereux pour l’organisme », près d’un consommateur régulier sur 2 est d’accord avec cette proposition.
C/ Conséquences sanitaires
Les enquêtes existantes permettent de cerner les spécificités de la consommation d’alcool chez les jeunes : les buveurs quotidiens sont rares, mais les consommations, regroupées en fin de semaine, mènent plus souvent à l’ivresse que chez les adultes. Le terme « binge drinking » (consommation excessive occasionnelle) résume bien ces comportements.
Ce mode de consommation, s’il comporte des risques de passage vers la consommation
excessive et la dépendance, expose aussi plus fortement aux accidents (circulation, vie courante…), à la violence et à certains actes délictueux. En particulier, les jeunes de 15 à 24 ans représentent 13% de la population française mais 28% des tués sur la route, et les accidents sont la première cause de mortalité dans cette tranche d'âge, selon des chiffres de la Sécurité routière. On sait par ailleurs que, pour l’ensemble de la population, un accident mortel sur 3 survient à cause de l'alcool.
Enfin, une consommation abusive d’alcool peut également entraîner une baisse de la vigilance pour les risques sexuels.
D/ Références
Beck F, Legleye S, Spilka S. Drogues à l’adolescence. Niveaux et contextes d’usage de cannabis, alcool, tabac et autres drogues à 17-18 ans en France – ESCAPAD 2003. OFDT, 2004. Lien pdf.
Choquet M, Com-Ruelle L, Leymarie N. Les 13-20 ans et l’alcool en 2001. Comportements et contextes en France. Ireb, 2003. Lien pdf.
[Enquête ESPAD 2003] Choquet M, Beck F, Hassler C, Spilka S, Morin D, Legleye S. Les substances psychoactives chez les collégiens et lycéens : consommations en 2003 et évolutions depuis dix ans. Tendances n°35, 2004.
Gautier A, Baudier F, Léon C. Alcool. Synthèse des résultats nationaux. in Guilbert P, Gautier A, Baudier F, Trugeon A (dir.), Baromètre santé 2000 ; les comportements des 12-25 ans. Inpes, coll. Baromètres, 2004, vol. 3.1, p. 51-56.
La Mutuelle des Etudiants. Enquête nationale sur la santé des étudiants : la consommation d’alcool des étudiants. 2005.
Legleye S, Rosilio T, Nahon S. Alcoolisation, un phénomène complexe. in Guilbert P., Gautier A. (dir.), Baromètre santé 2005 ; premiers résultats. Inpes, coll. Baromètres santé, 2006, p. 39-47.
Observatoire national interministériel de sécurité routière. Les grandes données de l’accidentologie 2005, 2006. Lien pdf.
USEM/FNORS. La santé des étudiants en 2005, 4ème enquête. p. 71-75. Lien pdf.
1 Usem : Union nationale des Sociétés Etudiantes Mutualistes régionales
2 Ireb : Institut de Recherches Scientifiques sur les Boissons



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